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Villes en Transition : belle illustration des rapports entre mouvement citoyen horizontal et action politique

samedi 9 juin 2012, par Olivier Sarrat

Jeudi 07 juin au soir s’est tenue dans le village de Buis-les-Baronnies (Drôme provençale) une projection/débat qui indirectement porte tous les éléments du sujet de ce blog sur les liens entre mouvements horizontaux et démocratie représentative.

Organisée par le groupe local d’Europe-Ecologie-Les-Verts, la soirée a commencé par une projection du film "In Transition 1.0" d’information sur le mouvement de la Transition. Le mouvement de la Transition est une initiative de la société civile qui vise à accroître la résilience de communautés humaines face aux effets de la raréfication du pétrole en conduisant leur transition écologique de façon autonome. Ce mouvement s’initie dans une ville ou un village dès qu’un groupe de plusieurs individus se réunit pour imaginer l’avenir positif qu’ils souhaiteraient construire dans leur communauté, en réponse aux grands bouleversement de nos modes de vie que la raréfication du pétrole bon marché et le changement climatique vont produire dans les décennies à venir. Une fois cette vision dégagée - ou en fait tout à fait concomitamment - tous les individus souhaitant prendre part à l’effort peuvent le faire avec le moindre petit geste concret sur tous les volets permettant cette transition : relocalisation de l’économie et de l’agriculture (en utilisant notamment les principes de la permaculture), recyclage, transports en commun et covoiturage, éducation, etc. Les initiatives locales de covoiturage, de jardins partagés et autres AMAP n’ont rien de neuf. Des projets regroupant de manière cohérente dans des agencements différents tous ces leviers pour la transition écologique ne le sont pas plus : plusieurs partis politiques et au premier rang EELV ont intégré tous ces aspects au coeur de leur programme. La nouveauté de ce mouvement des "Villes en Transition" réside dans le mariage qu’il fait entre une vision à long terme, une cohérence locale d’actions sur plusieurs volets et surtout son énergie issue directement d’une mobilisation citoyenne concrète et non attendue de la conquête du pouvoir tiré des urnes. Si on ajoute la dimension qu’il y a une coordination globale en ligne de ces initiatives via différents sites web, on a alors presque tous les éléments d’un projet open source horizontal appliqué à la politique.

Nous sommes en effet tout d’abord face à un mouvement civil éminemment horizontal : dans chaque communauté où il naît, l’initiative part d’un groupe d’individus se donnant de manière autonome le droit de saisine sur la réponse à donner à la crise écologique. Ce mouvement d’action politique concrète a par ailleurs ses clés de fonctionnement librement partageables et modifiables. Pour chaque communauté, des innovations peuvent en effet avoir lieu indépendamment et ces innovations peuvent être partagées avec tous. Le mouvement a un positionnement fondamentalement ouvert et optimiste, et s’appuie sur ce positionnement pour constituer une grande force d’attractions de bonnes volontés : n’importe qui peut rejoindre la dynamique et apporter ses contributions, tout comme pourrait le faire une communauté open source à l’image de Wikipedia ou OpenStreetMap. Enfin, le pragmatisme érigé au rang de valeur fondamentale rappelle tout à fait la méritocratie dictant le fonctionnement des communautés de logiciels libres : sont respectés avant tout dans ces communautés ceux qui font et savent bien faire les choses.

Le mouvement de la Transition colle donc très bien dans son fonctionnement aux dynamiques des communautés horizontales. Mouvement profondément politique mais dont les racines demeurent totalement en dehors de l’espace de la démocratie représentative, il ne correspond donc malgré tout pas encore au Graal recherché sur ce blog : la dynamique qui arriverait à marier une participation ouverte coordonnée en ligne et le coeur d’un pouvoir politique représentatif plus vertical. Mais les liens qu’un mouvement de ce type pourrait entretenir avec le pouvoir démocratique représentatif n’en sont pas moins très intéressants à imaginer. Ces liens furent d’ailleurs le coeur du débat tenu ce jeudi soir à Buis.

En permettant à chacun de prendre part au mouvement, en donnant le pouvoir à tout individu d’être acteur du changement qu’il souhaite pour sa communauté, en créant des liens dans le travail collectif pour ce changement concret de son environnement, le mouvement de la Transition marque indéniablement des points comme pôle d’attractivité sur les partis politiques proposant des programmes aux objectifs similaires de transition écologique. Les partis politiques et la démocratie représentative souffrent d’une défiance endémique dans toutes les vieilles démocraties occidentales. L’hyper-présidentialisation de la France ne fait qu’accentuer le phénomène par rapport à ses voisins européens. Mais en investissant leur désir de changement dans des actions concrètes au sein d’un mouvement comme celui des Villes en Transition, les citoyens peuvent retrouver le goût de l’action collective porteuse de changement pour sa communauté humaine. Et au final, ce goût d’être ensemble, de construire des réponses collectives aux défis sociétaux face à nous crée une force fortement politique qui peut redonner confiance en l’action publique, qu’elle passe par des mouvements citoyens ou un pouvoir représentatif. Le film "Tous au Larzac" montre bien comment le combat contre l’extension du camp militaire sur le Causse du Larzac a permis de créer une force collective locale, un réseau de liens humains solides, qui a perduré après la fin victorieuse de ce combat et se poursuit dans d’autres luttes. Lors du débat à Buis, une des conclusions de la discussion ouverte qui s’est tenue après la projection du film pourrait être formulée ainsi : on peut croire à l’hypothèse que mouvement citoyen ou de démocratie représentative pour la transition écologique ne sont pas réellement en concurrence car le premier vient en soutien au second en redonnant confiance à l’action collective.

Certains sujets liés à la transition écologique ne peuvent être réglés à l’échelle locale par un mouvement comme celui de la Transition : les enjeux des grands équipements publics nationaux par exemple. Dans ce domaine, seuls le pouvoir politique représentatifs et les groupes de pression (grandes entreprises ou ONG) ont les clés du débat global qui dépassent les enjeux de rejet local spontané "pas de cet aéroport dans mon jardin... j’irai dans le jardin du voisin pour aller prendre l’avion". A cette échelle, la recherche de solution de mobilisation politique horizontale ouverte et duplicable se poursuit.

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