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Revenu universel, les vertus de débattre d’une utopie concrète

lundi 20 mai 2013, par Olivier Sarrat

"Rien n’est plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue" disait Victor Hugo. A l’heure d’aujourd’hui, cette idée pourrait être le revenu universel. L’idée est assez ancienne et connaît un regain d’actualité sous de multiples formes : revenu de base, salaire à vie, dotation inconditionnelle d’autonomie. Une pétition officielle d’Initiative Citoyenne Européenne est en cours depuis le début de l’année jusqu’en février 2014, et permettrait de faire avancer d’un pas important cette utopie concrète. Enfin le Monde Diplomatique de mai vient d’y consacrer un dossier, et Altermondes prévoit d’en faire un également sur le salaire minimum vital en septembre.

La lecture du livre "Pour un revenu sans condition" de Baptiste Mylondo, et de ce dossier du Monde Diplomatique m’a permis enfin de bien comprendre ce projet. Et la clé de ma compréhension est qu’il n’y a pas "un" projet, mais une trajectoire commune de multiples projets qui questionnent de manières diverses le sujet du travail et le mirage du plein emploi dans nos sociétés. Pour y voir plus clair dans les critères différenciant ces projets, j’ai fait le schéma suivant.

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De multiples expériences de par le monde ont mis et mettent en oeuvre ce projet dans des mesures variables. Un revenu regroupant certains des critères ci-dessus n’est donc pas une utopie irréalisable. Les solutions de financement existent par ailleurs même pour ses formes les plus subversives, et ne posent question que sur la nouvelle répartition collective des richesses qu’elles amèneraient. Mais aucune nation, région n’a encore mis en oeuvre hors du champ de l’expérimentation temporaire le projet d’un revenu universel sans condition : là est l’utopie au sens d’irréalisée. Car après tout, est-ce que notre société démocratique représentative libérale n’aurait pas paru être aussi une folle utopie pour la société du Moyen Âge ? La force de cette idée est son caractère concret : dans le chemin qu’elle devra faire, elle suscitera des débats fondamentaux et tangibles sur tous les paramètres qui la constituent. Quel mécanisme de financement ? Un revenu pour qui ? De quel montant ? Avec ou sans contrepartie ?
C’est un débat qui permet de poser en termes concrets une réflexion collective sur la répartition des richesses et le sens à donner à notre modèle économique sociétal, qui aille au-delà du sens actuel de sa simple survie. La trajectoire précise n’est pas fermée car les paramètres sont nombreux et les majorités à obtenir sur chacun d’eux encore très incertaines. Mais à l’heure où l’horizon de la sortie du chômage de masse n’a jamais paru aussi lointain, où la course au plein emploi rémunéré rime avec une surexploitation court-termiste des ressources naturelles, se reposer collectivement la question de la place du travail et des bénéfices à tirer de tout ce que le progrès technique a permis de gagner en productivité paraît une direction dont la force serait de l’ordre de l’évidence.

La pétition d’Initiative Citoyenne Européenne a pour objet d’amener ce débat au Parlement Européen, et de statuer sur la faisabilité d’un tel revenu. Ce serait un nouveau pas fondamental dans la direction de ce projet. Nous n’avons rien à perdre à ce que ce débat ait lieu.

Si donc vous voulez signer, c’est par là : http://basicincome2013.eu/ubi/fr/

Messages

  • un revenu universel ne peut être conditionnel à partir du moment ou la communauté politique en bénéficiant est définie, donc pas de travail en échange, comme l’air-encore- gratuit que nous respirons !
    Le rdb va favoriser le vidage des villes et le cortèges de problèmes générés par l’inhumanité y régnant
    la vie en rural
    l’écologie
    les politiques sont tous globalement contre, c’est très bon signe pour le peuple ! ^^

    • Plusieurs formes de revenu garanti existent, et ce projet ne pourra pas entrer en application sans que ces projets se confrontent les uns aux autres dans un débat démocratique. La question de donner un revenu sans aucune contrepartie choquera profondément certains attachés à une vision morale classique du travail. Et la démocratie amenant toujours au compromis, il est important de garder à l’esprit que ce sera naturellement l’un des éléments du débat qui aura lieu. Le propos de mon article est de montrer tous les éléments que ce débat apportera.
      Mais personnellement, je militerais pour que ce revenu de base soit tout à fait inconditionnel, car c’est dans cette formule qu’il est pleinement libérateur. Restera tout de même la question des travaux pénibles nécessaires à la communauté : si la forte valorisation salariale de ces activités ne suffit pas à trouver des volontaires, peut-être devrons-nous rendre une participation très modeste à ces tâches obligatoires ? Bref, il y a débat !

  • N’est ce pas donner le bâton pour se faire battre que d’intituler d’utopique un projet dont nous avons tous les moyens nécessaire pour le réaliser ?
    _Voic un lien qui permet d’illustré ce que je viens de dire :

    http://vimeo.com/17517736

    • Merci pour la remarque et pour la vidéo. Pour un militant du logiciel libre, elle m’intéresse naturellement !
      Au sujet de l’utopie, j’ai choisi le terme délibérément, mais en lui adjoignant le qualificatif "concrète". J’ai fait ce choix pour 2 raisons : la force d’attraction et la réserve d’espoir que porte le mot "utopie", et parce que je conçois l’utopie comme l’irréalisé et non l’irréalisable.
      Votre remarque m’a permis de corriger l’article et préciser un peu ce point pour que utopie ne résonne pas dans ce texte comme "chimère".

  • Le revenu de base est inconditionnel et sans contrepartie par définition. On peut discuter de la mise en place d’une allocation conditionnelle, mais ce n’est pas un revenu de base.
    D’autre part, on remarquera que ce qui fait l’originalité de l’idée c’est justement son inconditionnalité, et que si on l’enlève, on retombe sur une allocation classique avec toutes les tares qu’on leur connait :
    - culpabilisation des bénéficiaires
    - couverture médiocre (beaucoup d’ayant-droits renoncent devant la complexité des démarches, ou parfois ne savent même pas qu’ils ont droit a une allocation)
    - effet de seuil (appelé trappe à inactivité : quand le fait de travailler entraînerait la suppression d’une allocation dont le montant est supérieur au salaire proposé)
    - développement d’une bureaucratie lourde, peu efficace et coûteuse
    - et en définitive, inefficacité à adresser les problèmes de fond : chômage, pauvreté, division de la société...

  • Système intéressant et je suis d’accord avec les avantages de ce système mais l’utopie de son financement montre une méconnaissance des systèmes économique :

    Le cout annuel de cette mesure est équivalent aux recettes fiscale actuelle de la France environ 300 000 millions d’euros en supposant 45 millions de français à 500€. La taxation en France étant déjà de l’ordre de 70% je ne vois pas comment on peut dire que les méthodes de financement existent.

    On nous parle de TVA et de création monétaires un impôt fortement régressif et un qui diminue la capacité de cette subvention de beaucoup (à quoi bon fournir 500€ par personne si tous les prix sont multipliés par 2). Je dois avouer ne pas comprendre.

    Bref même si j’avoue avoir été séduis au départ par l’universalité de cette solution celle-ci est économiquement improbable.

    La pluspart des analyses supposant nulles ses effets de bord (augmentation des prix, baisse des salaires, ...).