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"Membre" de plusieurs partis : l’intuition d’une liberté politique

dimanche 2 février 2014, par Olivier Sarrat

"Membre" de plusieurs partis politique est une position qui me vaut souvent des questionnements. En faisant le récit et une début d’analyse de l’intuition qui m’a poussé et me maintient dans cette position, je souhaite contribuer au débat sur la place des partis politiques dans notre société.

Avoir la carte de plusieurs partis dans son portefeuille a d’abord été pour moi la mise en oeuvre d’une intuition. Le contexte de cette décision éclaire la principale raison sous-jacente.
C’est la crise de 2008 qui m’a poussé à franchir le pas et à m’engager plus formellement en politique. Avant cela, je votais selon les scrutins et les programmes pour des partis d’un spectre assez large de ce qu’on baptise la "gauche". Et lorsque ces partis prenaient des positions sur un sujet, je m’identifiais de manière variable à l’un ou à l’autre selon ma sensibilité propre.
Une crise est souvent un mouvement de basculement, où de nouveaux possibles peuvent se dessiner. Pour faire entendre ma voix et ajouter mon grain de sable dans l’édifice à ce moment crucial, il m’a semblé nécessaire de faire plus que voter, et rejoindre le jeu politique classique. Mais aucun parti n’avait un projet et une manière de fonctionner qui remportait mon adhésion pleine et entière. Ma forte sensibilité aux questions environnementales me portait naturellement à envisager mon adhésion à Europe Ecologie Les Verts, d’autant plus que j’appréciais beaucoup la démarche d’ouverture initiée depuis le montage d’Europe Ecologie pour les européennes. Mais la modération toute pleine des contraintes du réel que doit adopter le Parti Socialiste me semblait aussi à soutenir. Et je suivais aussi d’un oeil intéressé le montage du Parti de Gauche qui s’aventurait dans une passionante de fusion entre l’écologie et le socialisme. Le système politique, qui fait partie des éléments de notre société qui semble dépasser par son évolution, nous fait l’injonction de choisir son camp. Attaché à la liberté de pensée et d’action que je ressentais jusque là comme non-encarté et simplement désireux de donner plus de force à mon engagement, j’ai donc ressenti l’intuition que prendre ma carte dans ces 3 partis était la solution, bien que contraire aux statuts qui impose une exclusivité.
J’ai pris en premier ma carte chez EELV, sans mettre tout de suite en application mon voeu de désobéissance partisane. Dans les 2 mois qui suivirent, dans la fraîcheur et l’enthousiasme de ma nouvelle adhésion, j’ai immédiatement senti un léger changement de perception vis-à-vis de l’actualité. Toute critique porté au parti résonnait différemment en moi, comme si cette critique m’était aussi adressée. Rapidement, pris d’une peur panique de voir ma perception changée et influencée par de simples réflexes grégaires, j’ai mis pleinement en application ma décision et j’ai pris ma carte dans les autres partis pour préserver mon indépendance de pensée.

Il m’est difficile de faire encore toute la lumière sur les raisons sous-jacentes à cette intuition qui me parait toujours pertinente 5 ans plus tard. Je ne vais donc dans ce billet qu’offrir un angle de compréhension, et clôturer sur un jeu de questions qui peuvent éclairer ce sujet.

L’appartenance à un parti est une logique propriétaire

Les mots ont leur poids symbolique. Être "membre" d’un parti suppose en être une partie constitutive. Il est couramment employé le terme d’"appartenance" à un parti politique. Dans ce système où les hommes, les places au pouvoir et la structure pyramidale sont au centre, il n’est pas rare de voir des quasi "serments d’allégeance" à tel ou tel représentant. La logique rappelle pour partie la relation suzerain/sujet qui a façonné pendant des siècles nos sociétés humaines jusqu’à ce que le droit entérine les principes des Lumières et de la Révolution Française faisant de chaque citoyen un être libre et la seule appartenance qu’il se doit de reconnaître celle à la nation. Mais la façon dont fonctionne la démocratie représentative et les partis reproduisent encore partiellement cette logique d’assujettissement. Les sociétés prennent du temps à apprendre l’usage de leurs libertés, et la mûrissement de la liberté de pensée et d’action dans notre société rend la logique d’assujettissement qui nimbe encore le fonctionnement des partis politiques désuète et sape le désir de s’engager pourtant très présent.
Les partis politiques sont encore dans une logique propriétaire. Ils possèdent un certain nombre d’adhérents, et d’électeurs. Ils procèdent d’ailleurs parfois à des échanges et des négociations sur la base de leur poids électoral. Daniel Cohn-Bendit dans une tribune titrée "Faisons passer la politique du système propriétaire à celui du logiciel libre" et publiée le 15 juin 2009 dans Le Monde illustre bien cette logique propriétaire et donne du grain à moudre à cette remise en cause de l’appartenance partisane.

A mon sens, un parti est un outil au service des militants, et non l’inverse.

Libre dans ses pensées et ses engagements, le militant devrait avoir le droit de naviguer entre plusieurs partis qu’il nourrit de ses apports et ses idées. Pourquoi pas une pollénisation inter-partisane ?
Et si la diversité des engagements de ses militants était une force, une richesse à exploiter pour les partis ?
Et si les partis reconnaissaient qu’au-delà de leur concurrence sur le marché électoral, ils avaient aussi à gagner à partager librement leurs militants pour se nourrir des expériences des uns et des autres ?
Et si la stérilité du débat politique médiatisé était pour grande partie dû à ce qu’il se limite à ces réflexes de défense grégaire entre suzerains concurrents et arrogants ?

L’obsolescence du système de représentation politique actuel est une évidence pour beaucoup. La forme du système à avoir reste à inventer. Aucune idée si le concept de parti devrait perdurer, ou si le militantisme multi-partis serait une part de la solution. Ma seule certitude est que cette expérimentation de désobéissance partisane reste pertinente à mes yeux à plusieurs titres, et se justifie déjà simplement par sa fertilité en termes d’interrogations.